
"On ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux."
Antoine de Saint Exupery
Traggina, mon village
Petit village bord� de grands ch�nes
Petit village veillant sur la plaine
Parmi les arbousiers et la bruy�re
A travers ormes et h�tres
J'aper�ois ton vieux clocher
Par ta musique berc�e
Dans le ciel d'un soir �toil�
L� o� je suis n�e
Petit village au maquis odorant
Sans cesse par� de fleurs et de baies
Ton majestueux printemps
le parfum des violettes
L'or de tes gen�ts
Chassent les temp�tes
L� je reviendrai
Voir les papillons danser dans les pr�s...
Lily
Je viens tra�ner mes galoches par ici, tout simplement pour partager avec vous ma passion pour la nature et la po�sie , pour "mon" �le de Beaut�, que j'ai abandonn�e pour la belle Provence il y a quelques ann�es...
� Puisses-tu trouver des tr�sors : des fleurs et des galets, les rayons du soleil et la lueur des �toiles, le chant des oiseaux, un vol de papillons.Des merveilles et des myst�res. �
Ren� Magritte
Le mendiant fleuri
Il n'est pas du pays. D'o� peut-il �tre ?... d'o� ?
On ne sait pas. C'est un myst�rieux bonhomme.
Sur le bord du chemin parfois il fait un somme.
Il porte un vieux chapeau qui para�t �tre, comme
Ceux que portent les champignons, en amadou.
Eut-il un nom ? Lequel ? On l'ignore. On le nomme
Le Mendiant Fleuri. C'est tout.
Il a cette folie, il a cette jolie
Folie : il se fleurit. Il se d�guise en Mai.
Son chapeau d'amadou porte un phlox pour plumet.
D�s qu'il d�couvre un trou dans sa veste, il y met
Du lilas, un pavot. Si c'est une folie,
Cet affreux vagabond des routes se permet
La m�me que vous, Oph�lie !
Cet homme a des crocus aux plis de ses lambeaux
Comme les champs en ont aux creux de leurs orni�res ;
A ses poches il a des touffes printani�res
Comme les bois en ont aux seuils de leurs tani�res.
Au lieu des vieux boutons de corne, il a, plus beaux,
Des boutons d'or. Au lieu des pailles coutumi�res,
Il a du thym dans ses sabots.
Il reprise sa cape en ajonc qui s'accroche ;
Reborde un vieux revers avec des serpolets ;
Pique de la tremblette aux fentes des ourlets ;
Enrichit de bleuets roses et violets
Sa pauvre barbe dont le chanvre s'effiloche ;
Puis, fume, luxueux, parmi tous ces bleuets,
Une pipe d'aristoloche !
Qu'il est beau quand il va de maison en maison,
Chamarr� d'herbe-aux-gueux, d'airelle et de spargoute !
La flore du moment sur lui frissonne toute.
Qu'il est beau quand il passe, en fleurs, et qu'il s'ajoute,
Comme un calendrier vivant, � l'horizon !
De sorte qu'il suffit de le voir sur la route
Pour savoir qu'elle est la saison !
Il r�ussit parfois des toilettes charmantes.
Je lui connus un col d'asp�rule, un camail
De scabieuse ayant un chardon pour fermail.
Qu'il est beau quand il va de portail en portail,
Et que, charg� de coquelourdes et de menthes,
On le voit, rouge et vert comme un saint de vitrail,
Passer dans les herbes fumantes !
***
� bizarre bonhomme, � vagabond falot,
Mis�re dont toujours embaumait le passage,
Vieillesse o� le muguet attachait un grelot,
� Mendiant Fleuri, gueux parfum�, fou, sage !
Brave pauvre, qui, loin d'�tre un pauvre honteux,
Marques la d�chirure, avec une jonquille,
On t'est reconnaissant, presque, d'�tre boiteux,
Tant la guirlande est belle autour de ta b�quille !
Cynique �blouissant, h�ro�que et finaud,
Je ne saurais assez pr�f�rer, quand j'y pense,
Tes courageuses fleurs au facile tonneau,
Diog�ne charmant de nos routes de France !
Inconscient donneur d'une grande le�on,
Merci, fou gracieux, po�te et philosophe,
D'oser, sous le soleil, enseigner la fa�on
D'accommoder de fleurs les restes de l'�toffe !
Il nous apprend, ton humble et rustique talent,
Ce qu'on peut faire avec quelques fleurs, quelques-unes !
Alors pourquoi tra�ner sa vie en �talant
Des mis�res, des trous, des tares, des lacunes ?
Pourquoi ne pas avoir un iris au chapeau
Qu'on tend vers le passant - ou qu'on tend vers la gloire ?
Ah ! Mendiant Fleuri, quand rentre le troupeau,
Ils font bien, les bergers, de te verser � boire !
Que ton moyen me pla�t ! Tous mes accrocs d'hier
Vont aujourd'hui, du moins, servir � quelque chose.
Si tu fais le faraud, moi, je ferai le fier.
Ton gilet a son lys ? Mon coeur aura sa rose !
J'ai compris qu'il ne faut, qu'on ne peut, qu'on ne doit
Pr�senter au prochain nulle image cruelle,
Puisqu'on n'a qu'� rouvrir sa blessure du doigt
Pour y mettre la fleur qui va la rendre belle !
Bonhomme, j'ai compris qu'il faut �tre coquet
De sa blessure, au lieu d'en �tre malade.
Et que m�me, parfois, pour y mettre un bouquet,
Il convient d'�largir la simple estafilade.
On n'a plus peur de rien lorsqu'on prend ce parti :
Et l'on acquiert bient�t la gr�ce, et la mani�re
D'�tre reconnaissant au buisson qui, gentil,
Pour la fleur qu'il vous tend, vous fait la boutonni�re !
D�s qu'on est d�cousu par un poignard nouveau,
Il faut en profiter pour se fleurir encore !
Plus on est malheureux, plus on doit �tre beau !
Faisons tous nos malheurs en corolles �clore !
Servons-nous du malheur. - Un jour, un jardinier
M'a dit cette parole ing�nue et profonde :
"Si Job avait plant� des fleurs sur son fumier,
Il aurait eu les fleurs les plus belles du monde !"
Edmond Rostand
0 COMMENTAIRE(S) ?...Pourtant je sais que vous �tes pass�(e) par l�... L'air est encore embaum� de votre fragrance... Et sur le chemin de vos pas la trace...
Alors vous inconnu(e) qui me lisez dans l'anonymat ne restez...De vous lire me fera plaisir...
Si vous avez un blog, ne partez pas sans laisser d'adresse...
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