
Si dès l'aube on suit les lisières Du bois, abri des jeunes faons, Par l'âpre chemin dont les pierres Offensent les mains des enfants, A l'heure où le soleil s'élève, Où l'arbre sent monter la sève, La vallée est comme un beau rêve. La brume écarte son rideau. Partout la nature s'éveille ; La fleur s'ouvre, rose et vermeille ; La brise y suspend une abeille, La rosée une goutte d'eau !
Et dans ce charmant paysage Où l'esprit flotte, où l'oeil s'enfuit, Le buisson, l'oiseau de passage, L'herbe qui tremble et qui reluit, Le vieil arbre que l'âge ploie, Le donjon qu'un moulin coudoie, Le ruisseau de moire et de soie, Le champ où dorment les aïeux, Ce qu'on voit pleurer ou sourire, Ce qui chante et ce qui soupire, Ce qui parle et ce qui respire, Tout fait un bruit harmonieux !
Et si le soir, après mille errantes pensées, De sentiers en sentiers en marchant dispersées, Du haut de la colline on descend vers ce toit Qui vous a tout le jour, dans votre rêverie, Fait regarder en bas, au fond de la prairie, Comme une belle fleur qu'on voit ;
Et si vous êtes là, vous dont la main de flamme Fait parler au clavier la langue de votre âme ; Si c'est un des moments, doux et mystérieux, Ou la musique, esprit d'extase et de délire Dont les ailes de feu font le bruit d'une lyre, Réverbère en vos chants la splendeur de vos yeux...
Victor Hugo (Bièvre, extrait)
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