« René Depestre est un poète et écrivain né le 29 août 1926 à Jacmel en Haïti.
Il fit ses études au Lycée Pétion. Il fonda, avec quelques jeunes gens de son âge le journal "La ruche" qui a été fermé par l'autorité policière à la veille de la chute du gouvernement. Il publie en 1945 ses premiers vers dans le recueil Étincelles.
Engagé dans la vie politique de son pays, il est incarcéré puis doit quitter son île natale pour partir en exil en France puis à Cuba.en Janvier 1946.
Après la révolution de 1946, à laquelle Dépestre prit part active, il partit pour la France, et revint en Haïti en 1958 pour repartir encore. ( Il continue à écrire des poésies :premières oeuvres : Etincelles (1945); Gerbes de Sang (1946); Végétations de Clartés (1951); Traduit du Grand Large; Minerai Noir (1956), dans lequel il évoque les souffrances et les humiliations de l'esclavage .
Son roman Hadriana dans tous mes rêves (1988) reçoit :
le Prix Renaudot,
le Prix du roman de la Société des gens de lettres
le Prix du roman de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.
Du plus loin, que me revienne, L'ombre de mes amours anciennes, Du plus loin, du premier rendez-vous, Du temps des premières peines, Lors, j'avais quinze ans, à peine, Cœur tout blanc, et griffes aux genoux, Que ce furent, j'étais précoce, De tendres amours de gosse, Ou les morsures d'un amour fou, Du plus loin qu'il m'en souvienne, Si depuis, j'ai dit "je t'aime", Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous,
C'est vrai, je ne fus pas sage, Et j'ai tourné bien des pages, Sans les lire, blanches, et puis rien dessus, C'est vrai, je ne fus pas sage, Et mes guerriers de passage, A peine vus, déjà disparus, Mais à travers leur visage, C'était déjà votre image, C'était vous déjà et le cœur nu, Je refaisais mes bagages, Et poursuivais mon mirage, Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous,
Sur la longue route, Qui menait vers vous, Sur la longue route, J'allais le cœur fou, Le vent de décembre, Me gelait au cou, Qu'importait décembre, Si c'était pour vous,
Elle fut longue la route, Mais je l'ai faite, la route, Celle-là, qui menait jusqu'à vous, Et je ne suis pas parjure, Si ce soir, je vous jure, Que, pour vous, je l'eus faite à genoux, Il en eut fallu bien d'autres, Que quelques mauvais apôtres, Que l'hiver ou la neige à mon cou, Pour que je perde patience, Et j'ai calmé ma violence, Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous,
Les temps d'hiver et d'automne, De nuit, de jour, et personne, Vous n'étiez jamais au rendez-vous, Et de vous, perdant courage, Soudain, me prenait la rage, Mon Dieu, que j'avais besoin de vous, Que le Diable vous emporte, D'autres m'ont ouvert leur porte, Heureuse, je m'en allais loin de vous, Oui, je vous fus infidèle, Mais vous revenais quand même, Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous,
J'ai pleuré mes larmes, Mais qu'il me fut doux, Oh, qu'il me fut doux, Ce premier sourire de vous, Et pour une larme, Qui venait de vous, J'ai pleuré d'amour, Vous souvenez-vous ?
Ce fut, un soir, en septembre, Vous étiez venus m'attendre, Ici même, vous en souvenez-vous ? A vous regarder sourire, A vous aimer, sans rien dire, C'est là que j'ai compris, tout à coup, J'avais fini mon voyage, Et j'ai posé mes bagages, Vous étiez venus au rendez-vous, Qu'importe ce qu'on peut en dire, Je tenais à vous le dire, Ce soir je vous remercie de vous, Qu'importe ce qu'on peut en dire, Je suis venue pour vous dire, Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous...
Longtemps, longtemps, longtemps Après que les poètes ont disparu Leurs chansons courent encore dans les rues La foule les chante un peu distraite En ignorant le nom de l'auteur Sans savoir pour qui battait leur cœur Parfois on change un mot, une phrase Et quand on est à court d'idées On fait la la la la la la La la la la la la
Longtemps, longtemps, longtemps Après que les poètes ont disparu Leurs chansons courent encore dans les rues Un jour, peut-être, bien après moi Un jour on chantera Cet air pour bercer un chagrin Ou quelque heureux destin Fera-t-il vivre un vieux mendiant Ou dormir un enfant Ou, quelque part au bord de l'eau Au printemps tournera-t-il sur un phono
Longtemps, longtemps, longtemps Après que les poètes ont disparu Leur âme légère court encore dans les rues
Leur âme légère, c'est leurs chansons Qui rendent gais, qui rendent tristes Filles et garçons Bourgeois, artistes Ou vagabonds.
Longtemps, longtemps, longtemps La la la...
Charles Trenet
Un humble hommage à nos poètes disparus et éternellement présents...
Regarde-la ta voile elle a les seins gonflés La marée de tantôt te l'a déshabillée Les bateaux comme les filles ça fait bien des chichis Mais ce genre de bateau ça drague pas dans Paris
T'as les yeux de la mer et la gueule d'un bateau Les marins c'est marrant même à terre c'est dans l'eau Ta maman a piqué sur ta tête de vieux chien Deux brillants que tu mets quand t'embarques ton destin
C'est pas comme en avril en avril soixante-huit Lochu tu t'en souviens la mer on s'en foutait On était trois copains avec une tragédie Et puis ce chien perdu tout prêt à s'suicider
Quand la mer se ramène avec des étrangers Homme ou chien c'est pareil on les r'garde naviguer Et dans les rues d'Lorient ou d'Brest pour les sauver Y a toujours un marin qui rallume son voilier
Regarde-la ta quille à la mer en allée La marée de tantôt te l'a tout enjupée Les bateaux comme les filles ça fait bien du chiqué Mais quand on s'fout à l'eau faut savoir naviguer
T'as le cœur comme ces rocs vêtus de Chantilly Quand la tempête y a fait un shampooing dans la nuit Ta maman t'a croché deux ancres aux doigts de chair Et les lignes de ta main ça s'lit au fond d'la mer
C'est pas comme en avril en avril soixante-huit Lochu tu t'en souviens dans ces rues de l'emmerde On était trois copains au bout de mille nuits Et le jour qui s'pointait afin que rien ne s'perde
Quand la mer se ramène avec des étrangers En Bretagne y a toujours la crêperie d'à côté Et un marin qui t'file une bonne crêpe en ciment Tellement il y a fourré des tonnes de sentiments
Regarde-la ta barre comme de la Pop musique Ça fait un vrai bordel chez les maquereaux très chics La mer a ses anglais avec le drapeau noir On dirait Soixante-huit qui s'en r'vient du trottoir
Ma maman m'a cousu une gueule de chimpanzé Si t'as la gueule d'un bar j'm'appelle Pépée Ferré C'est pas comme en avril en avril de mon cul Dans ce bar endossé au destin de la rue
Et c'est pas comme demain en l'An de l'An Dix mille Lochu tu t'en souviens c'était beau dans c'temps-là La mer dans les Soleils avec ou bien sans quille Un bateau dans les dents des étoiles dans la voix
Et quand on se ram'nait avec nos Galaxies Ça faisait un silence à vous mourir d'envie Et les soirs d'illusion avec la nuit qui va Dans Brest ou dans Lorient on pleure et on s'en va
L'An Dix mille... Lochu ? Tu t'rappelles ? L'An Dix mille... Tu t'rappelles ? Lochu ? L'An Dix mille, l'An Dix mille, l'An Dix mille...
Non, ce n'était pas le radeau De la Méduse, ce bateau Qu'on se le dise au fond des ports Dise au fond des ports Il naviguait en père peinard Sur la grand-mare des canards Et s'app'lait les Copains d'abord Les Copains d'abord
Ses fluctuat nec mergitur C'était pas d'la littérature N'en déplaise aux jeteurs de sort Aux jeteurs de sort Son capitaine et ses mat'lots N'étaient pas des enfants d'salauds Mais des amis franco de port Des copains d'abord
C'étaient pas des amis de luxe Des petits Castor et Pollux Des gens de Sodome et Gomorrhe Sodome et Gomorrhe C'étaient pas des amis choisis Par Montaigne et La Boétie Sur le ventre ils se tapaient fort Les copains d'abord
C'étaient pas des anges non plus L'Évangile, ils l'avaient pas lu Mais ils s'aimaient toutes voiles dehors Toutes voiles dehors Jean, Pierre, Paul et compagnie C'était leur seule litanie Leur credo, leur confiteor Aux copains d'abord
Au moindre coup de Trafalgar C'est l'amitié qui prenait l'quart C'est elle qui leur montrait le nord Leur montrait le nord Et quand ils étaient en détresse Qu'leurs bras lançaient des S.O.S. On aurait dit des sémaphores Les copains d'abord
Au rendez-vous des bons copains Y avait pas souvent de lapins Quand l'un d'entre eux manquait à bord C'est qu'il était mort Oui, mais jamais, au grand jamais Son trou dans l'eau n'se refermait Cent ans après, coquin de sort Il manquait encore
Des bateaux j'en ai pris beaucoup Mais le seul qui ait tenu le coup Qui n'ait jamais viré de bord Mais viré de bord Naviguait en père peinard Sur la grand-mare des canards Et s'app'lait les Copains d'abord Les Copains d'abord
Bien sûr il y a les guerres d'Irlande Et les peuplades sans musique Bien sûr tout ce manque de tendres Il n'y a plus d'Amérique Bien sûr l'argent n'a pas d'odeur Mais pas d'odeur me monte au nez Bien sûr on marche sur les fleurs Mais voir un ami pleurer!
Bien sûr il y a nos défaites Et puis la mort qui est tout au bout Nos corps inclinent déjà la tête Étonnés d'être encore debout Bien sûr les femmes infidèles Et les oiseaux assassinés Bien sûr nos cœurs perdent leurs ailes Mais mais voir un ami pleurer!
Bien sûr ces villes épuisées Par ces enfants de cinquante ans Notre impuissance à les aider Et nos amours qui ont mal aux dents Bien sûr le temps qui va trop vite Ces métro remplis de noyés La vérité qui nous évite Mais voir un ami pleurer!
Bien sûr nos miroirs sont intègres Ni le courage d'être juifs Ni l'élégance d'être nègres On se croit mèche on n'est que suif Et tous ces hommes qui sont nos frères Tellement qu'on n'est plus étonnés Que par amour ils nous lacèrent Mais voir un ami pleurer!
Le vent dans tes cheveux blonds Le soleil à l'horizon Quelques mots d'une chanson Que c'est beau, c'est beau la vie Un oiseau qui fait la roue Sur un arbre déjà roux Et son cri par-dessus tout Que c'est beau, c'est beau la vie Tout ce qui tremble et palpite Tout ce qui lutte et se bat Tout ce que j'ai cru trop vite A jamais perdu pour moi Pouvoir encore regarder Pouvoir encore écouter Et surtout pouvoir chanter Que c'est beau, c'est beau la vie Le jazz ouvert dans la nuit Sa trompette qui nous suit Dans une rue de Paris Que c'est beau, c'est beau la vie La rouge fleur éclatée D'un néon qui fait trembler Nos deux ombres étonnées Que c'est beau, c'est beau la vie Tout ce que j'ai failli perdre Tout ce qui m'est redonné Aujourd'hui me monte aux lèvres En cette fin de journée Pouvoir encore partager Ma jeunesse, mes idées Avec l'amour retrouvé Que c'est beau, c'est beau la vie Pouvoir encore te parler Pouvoir encore t'embrasser Te le dire et le chanter Oui c'est beau, c'est beau la vie
Rabindranath Tagore (Calcutta 1861-1941), grand poète Indien.
A sa naissance, son père déclara magnifiquement: « Il s'appelera Robindra, le soleil. Comme lui, il ira par le monde et le monde sera illuminé ».
Universel par son activité puisqu'il fut philosophe et critique, dramaturge et comédien, romancier et poète, en tout cent vingt volumes. Il laissera en outre deux mille chansons et trois mille peintures ou dessins .
Son père fut le «grand saint» Devendranâth Tagore (1817-1903),éminent philosophe, qui tenait la recherche de l'Absolu pour l'unique réalité de la vie.
Dès l'enfance, Rabindranâth vit donc dans un monde de sensibilité et de rêverie. Puis, au seuil de l'adolescence, l'enseignement de son père (qui quittait rarement sa retraite himalayenne) lui apporte la révélation de l'amour de la nature et de l'amour de Dieu; il découvrira l'Occident entre 1878 et 1880.
L'amour de l'humanité : Sa mère meurt quand il a quatorze ans. Une de ses belles-sœurs lui apporte la révélation de l'amour humain, qui doit communiquer avec l'amour de la nature et de Dieu. En 1884, le suicide de sa belle-sœur le bouleverse: dès lors, il apprend à renoncer à l'amour particulier pour mieux aimer la nature et Dieu, c'est-à-dire l'humanité tout entière. Entre 1901 et 1918, des événements tragiques s'abattent sur lui: sa femme, trois de ses enfants et son père meurent. Homme d'une grande sérénité, d'une vitalité débordante et d'une inlassable résignation devant Dieu, il a la volonté de transformer sa souffrance en joie. Il veut découvrir le dieu de beauté dans la nature, dans le corps, dans la pensée, dans la parole, dans l'acte. Il veut que la vie devienne belle dans sa totalité.
La demeure de la paix: Tagore fonde, en 1901, l'université libre de Cantiniketan, lieu de liberté et de joie au sein « de la grande fraternité des arbres ». Les versets de l'Offrande lyrique, écrits en 1912, apportent au monde un nouvel espoir et semblent défier l'effondrement du vieux monde: «Lorsque je jette mon regard tout autour, je rencontre les ruines d'une orgueilleuse civilisation qui s'écroulent et s'éparpillent en vastes amas de futilités. Pourtant je ne céderai pas au péché mortel de perdre confiance en l'homme: je fixerai plutôt mon regard vers le prologue d'un nouveau chapitre dans son histoire.»
Ses ouvrages: Souvenirs d'enfance, Navire d'or , Gora , Le Jardinier d'amour , La Jeune Lune, La Corbeille de fruits ... Il obtient le Prix Nobel de littérature en 1913.
Je dédie ces belles paroles à vous mes amis, réels ou virtuels... peu importe... vous vous reconnaîtrez sûrement...
L'amitié
Beaucoup de mes amis sont venus des nuages Avec soleil et pluie comme simples bagages Ils ont fait la saison des amitiés sincères La plus belle saison des quatre de la terre
Ils ont cette douceur des plus beaux paysages Et la fidélité des oiseaux de passage Dans leurs cœurs est gravée une infinie tendresse Mais parfois dans leurs yeux se glisse la tristesse Alors, ils viennent se chauffer chez moi Et toi aussi tu viendras
Tu pourras repartir au fin fond des nuages Et de nouveau sourire à bien d'autres visages Donner autour de toi un peu de ta tendresse Lorsqu'un autre voudra te cacher sa tristesse
Comme l'on ne sait pas ce que la vie nous donne Il se peut qu'à mon tour je ne sois plus personne S'il me reste un ami qui vraiment me comprenne J'oublierai à la fois mes larmes et mes peines Alors, peut-être je viendrai chez toi Chauffer mon cœur à ton bois
On est bien peu de chose Et mon amie la rose Me l'a dit ce matin À l'aurore je suis née Baptisée de rosée Je me suis épanouie Heureuse et amoureuse Aux rayons de soleil Me suis fermée la nuit Me suis réveillée vieille
Pourtant j'étais très belle Oui j'étais la plus belle Des fleurs de ton jardin
On est bien peu de chose Et mon amie la rose Me l'a dit ce matin Vois le Dieu qui m'a faite Me fait courber la tête Et je sens que je tombe Et je sens que je tombe Mon coeur est presque nu J'ai le pied dans la tombe Déjà je ne suis plus
Tu m'admirais hier Et je serai poussière Pour toujours demain
On est bien peu de chose Et mon amie la rose Est morte ce matin La lune cette nuit A veillé mon amie Moi en rêve j'ai vu Éblouissante et nue Son âme qui dansait Bien au-delà des nues Et qui me souriait
Crois celui qui peut croire Moi, j'ai besoin d'espoir Sinon je ne suis rien
Ou bien si peu de chose C'est mon amie la rose Qui l'a dit hier matin
"Un jour, il y avait eu un grand vent, et le Gitan avait dit à Mondo " Allons voir la bataille des cerfs-volants. " C'était seulement les dimanches de grand vent que les batailles de cerfs-volants avaient lieu. Ils étaient arrivés sur la plage de bonne heure, et les enfants étaient déjà là avec leurs cerfs-volants. Il y en avait de toutes sortes et de toutes les couleurs, des cerfs-volants en forme de losange ou de carré, monoplans ou biplans, sur lesquels étaient peintes des têtes d'animaux. Mais le plus beau cerf-volant appartenait à un homme d'une cinquantaine d'années, qui se tenait tout à fait au bout de la plage. C'était comme un grand papillon jaune et noir aux ailes immenses. Quand il l'avait lancé, tout le monde s'était arrêté de bouger pour regarder. Le grand papillon jaune et noir avait plané un instant à quelques mètres de la mer, puis l'homme avait tiré sur le fil et il s'était cabré. Alors le vent s'était engouffré dans ses ailes et il avait commencé son ascension. Le cerf-volant montait dans le ciel, très loin au-dessus de la mer. Le vent qui soufflait faisait claquer la toile de ses ailes. Sur la plage, l'homme ne bougeait presque pas. Il dévidait la bobine de fil, et son regard était fixé sur le papillon jaune et noir qui se balançait au-dessus de la mer. De temps en temps, l'homme tirait sur le fil, l'enroulait sur la bobine, et le cerf-volant montait encore plus haut dans le ciel. Maintenant il était plus haut que tous les autres, il planait au-dessus de la plage avec ses ailes étendues. Il restait là, il planait sans effort, dans le vent violent, si loin de la terre qu'on ne voyait plus le fil qui le retenait. Quand Mondo et le Gitan s'étaient approchés, l'homme avait donné la bobine et le fil à Mondo. " Tiens-le bien ! " dit-il. Il s'était assis sur la plage et il avait allumé une cigarette. Mondo essayait de résister au vent. " Si ça tire trop, tu donnes un peu, puis tu reprends après. " A tour de rôle, Mondo, le Gitan et l'homme avaient tenu le cerf-volant, jusqu'à ce que tous les autres, fatigués, retombent dans la mer. Tout le monde avait la tête renversée en l'air et regardait le grand papillon jaune et noir qui continuait à planer. C'était vraiment le champion des cerfs-volants, il n'y en avait pas d'autre qui sache monter si haut et voler Si longtemps. Alors, très lentement, l'homme avait fait descendre le grand papillon mètre par mètre. Le cerf-volant tanguait dans le vent, et on entendait les détonations de l'air dans sa voile, et le sifflement aigu du fil. C'était le moment le plus dangereux parce que le fil pouvait se rompre sous la tension, et l'homme avançait un peu en enroulant la bobine. Quand le cerf-volant avait été tout près du rivage. L'homme s'était déplacé sur le côté, en tirant d'un seul coup, puis en lâchant le fil, et le cerf-volant avait atterri sur les galets très lentement, comme un avion. Après, comme ils étaient fatigués ils étaient restés assis sur la plage. Le Gitan avait acheté des hot dogs et ils avaient mangé en regardant la mer. L'homme avait raconté à Mondo les batailles, sur les plages de Turquie, quand on attachait des lames de rasoir aux queues des cerfs-volants. Quand ils étaient très haut dans le ciel, on les lançait les uns contre les autres, pour essayer de les faire tomber. Les lames de rasoir coupaient les voiles. Une fois, il y avait bien longtemps, il avait même réussi à couper le fil d'un cerf-volant qui avait disparu au loin, emporté par le vent comme une feuille morte. Les jours de grand vent, les enfants faisaient voler les cerfs-volants par centaines, et le ciel bleu était couvert de taches multicolores. " Ça devait être beau ", disait Mondo. " Oui, c'était beau. Mais maintenant les gens ne savent plus ", disait l'homme. Il se levait et il enveloppait le grand papillon jaune et noir dans une feuille de plastique. " La prochaine fois, je t'apprendrai comment on fait un vrai cerf-volant ", disait l'homme, "au mois de septembre, c'est la bonne saison, et tu peux faire voler ton cerf-volant comme un oiseau, presque sans le toucher, Mondo pensait qu'il ferait le sien tout blanc, comme une mouette."[...]
[...]"Je crois que c'est sur cette nappe que j'ai pensé la première fois à un pays imaginaire. Il y avait ce gros livre rouge que ma mère lisait, et qui parlait de la Grèce, de ses îles. Je ne savais pas ce que c'était que la Grèce. C'étaient des mots. Dehors, dans le couloir froid de la vallée, sur la place de l'église,dans les magasins où j'accompagnais ma mère et ma grand-mère quand elles allaient acheter du lait ou des pommes de terre, il n'y avait pas de mots. Seulement le son des cloches, le bruit des galoches sur le pavé, des cris. Mais du livre rouge sortait des mots, des noms. Chaos, Éros, Gaïa et ses enfants, Pontos, Océanos et Ouranos le ciel étoilé. Je les écoutais sans comprendre. Il était question de la mer, du ciel, des étoiles. Est-ce que je savais ce que c'était? Je ne les avais jamais vus. Je ne connaissais que les dessins de la toile cirée, l'odeur de soufre, et la voix chantante de ma mère qui lisait. C'est dans le livre que j'ai trouvé le nom du pays d'Ourania. C'est peut-être ma mère qui a inventé ce nom, pour partager mon rêve." [...]
[...]"A Campos, nous n'avons pas d'école comme vous dites. A Campos les enfants n'ont pas besoin d'aller à l'école parce que notre école est partout.Notre école c'est tout le temps, le jour, la nuit, tout ce que nous disons, tout ce que nous faisons. Nous apprenons, mais ça n'est pas dans les livres et les images, c'est autrement."[...]
[...]" Mesdames et messieurs, la terre est notre peau.Comme notre peau, elle change, elle vieillit, elle s'affine ou s'endurcit selon les traitements qu'elle reçoit, elle se craquelle, elle se blesse.Cette terre, la terre noire du jardin d'Eden que vous avez reçue en héritage, vous qui êtes nés dans la Vallée, ou les immigrants venus d'ailleurs, cette terre sur laquelle vous vous êtes arrêtés, dont vous vous nourrissiez, qui vous enserre, ne croyez pas qu'elle soit éternelle."[...]
[...] "Ici on enseigne en conversant, en écoutant des histoires ou même en rêvant, en regardant les nuages… Il dit que nous devons apprendre tous à être petits pour devenir des humains."[...]
[...] " Je sais seulement que le monde est grand, que personne ne possède rien hormis ce qu'il fait, je sais que notre seule certitude est dans le ciel et non pas sur la terre, parce que le ciel que nous voyons, avec le soleil et les étoiles, est celui que nos ancêtres ont vu, et qu'il est celui que nos enfants verront. Que pour le ciel nous sommes à la fois des vieillards et des enfants ."[...]
Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là Et tu marchais souriante Épanouie ravie ruisselante Sous la pluie Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest Et je t'ai croisée rue de Siam Tu souriais Et moi je souriais de même Rappelle-toi Barbara Toi que je ne connaissais pas Toi qui ne me connaissais pas Rappelle-toi Rappelle-toi quand même ce jour-là N'oublie pas Un homme sous un porche s'abritait Et il a crié ton nom Barbara Et tu as couru vers lui sous la pluie Ruisselante ravie épanouie Et tu t'es jetée dans ses bras Rappelle-toi cela Barbara Et ne m'en veux pas si je te tutoie Je dis tu à tous ceux que j'aime Même si je ne les ai vus qu'une seule fois Je dis tu à tous ceux qui s'aiment Même si je ne les connais pas Rappelle-toi Barbara N'oublie pas Cette pluie sage et heureuse Sur ton visage heureux Sur cette ville heureuse Cette pluie sur la mer Sur l'arsenal Sur le bateau d'Ouessant Oh Barbara Quelle connerie la guerre Qu'es-tu devenue maintenant Sous cette pluie de fer De feu d'acier de sang Et celui qui te serrait dans ses bras Amoureusement Est-il mort disparu ou bien encore vivant Oh Barbara Il pleut sans cesse sur Brest Comme il pleuvait avant Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé C'est une pluie de deuil terrible et désolée Ce n'est même plus l'orage De fer d'acier de sang Tout simplement des nuages Qui crèvent comme des chiens Des chiens qui disparaissent Au fil de l'eau sur Brest Et vont pourrir au loin Au loin très loin de Brest Dont il ne reste rien.
En automne, je récoltai toutes mes peines et les enterrai dans mon jardin. Lorsque avril refleurit et que la terre et le printemps célébrèrent leurs noces, mon jardin fut jonché de fleurs splendides et exceptionnelles. Khalil Gibran. Le sable et l'écume
Arbres remplis de fruits qu'en cette saison la nature Nous donne généreusement! Gaieté dans les vignes où les raisins bien mûrs Sont cueillis en chantant.
Premiers brouillards et champignons cachés des bois Nonnettes voilées, bolets bais... Sous les noyers les enfants cherchent les dernières noix Que le vent fait tomber.
Dans un grand champ un percheron retourne la terre En fumant des nasaux Pendant qu'une volée d'oiseaux se battent à l'arrière Pour quelques vermisseaux!
De temps à autre, des aboiements cassent le silence Mêlés de coups de feu... Cache-toi petite biche des chasseurs sans clémence, Si tu veux vivre heureuse,
Dans les sous- bois colorés et les arbres chargés D'or, de feu et d'argent. Tes amis les cerfs se battent comme des enragés, Pour toi, jeune et charmante!
Pourtant chaque soir le soleil rétrécit sa course En voyageur pressé. Et chaque nuit: la Petit'Ours se colle à la Grand'Ours Sans jamais renoncer!
Premiers cheveux blancs qu'on voit dans un miroir Dès l'automne de l'âge, Derniers vols d'hirondelles qui sentent venir le froid Et partent vers les plages...
C'est la rentrée, les marrons sont tombés; les feuilles Voltigent au vent du Nord L'enfant tout joyeux saute, les poursuit et les cueille En sortant de l'école,
Et des plus belles couleurs, il s'en remplit les mains, Puis les porte à sa mère, Qui pour ne pas décevoir, garde précieusement: Ce trésor éphémère.
"On ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux." Antoine de Saint Exupery
Bonjour,
Je vous remercie de passer me rendre visite, mais soyez indulgents , je ne suis qu'une novice... ( un peu moins quand même... ce blog vient de souffler sa deuxième bougie ce 18 novembre !)
Je viens traîner mes galoches par ici, tout simplement pour partager avec vous mon engouement pour la poésie et la nature, pour "mon" île de Beauté, que j'ai abandonnée il y a quelques années pour la belle Provence...
Et sans défiance, je mets en ligne des sujets qui vont paraître disparates les uns des autres, mais qui ont cependant un point commun : notre terre et l'humain que nous nous devons de respecter ...
Pace e salute...
Lily
0 COMMENTAIRE(S) ?...Pourtant je sais que vous êtes passé(e) par là... L'air est encore embaumé de votre fragrance... Et sur le chemin de vos pas la trace...
Alors vous inconnu(e) qui me lisez ne restez pas ainsi dans l'anonymat... Juste une petite "bafouille"...
Merci...
sourire...
(*-*)
Si vous avez un blog, veuillez laisser votre adresse, je vous rendrai visite avec plaisir...
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